Aller chez le coiffeur. La coiffeuse en l'occurence. Se laisser enfiler la blouse qui se ferme dans le dos. Asseoir son siège dans le siège, profond. Laisser la tête se pencher en arrière dans le lavabo échancré. Laisser les vieilles idées s'écouler entre les cheveux sous l'eau parfaitement tiède. Tiède n'est pas une notion très valorisée d'ordinaire. Mais là, la tiédeur est parfaite. Surtout, ne pas se déconcentrer, profiter de chaque seconde du massage du cuir chevelu, sentir descendre le shampooing jusqu'aux orteils. Etre tenté de trouver ça trop court, et se rappeler que ça permet d'éviter la douleur du lavabo dans la nuque.
Dire ce que l'on souhaite. Se regarder dans la glace sans culpabilité narcissique, simplement parce qu'à ce moment là, il faut se regarder dans la glace. Voir les cheveux tomber comme les feuilles à l'automne, pour passer au printemps en évitant l'hiver. Les cheveux pleins de sève s'ébrouent et vigoureux, s'élancent à l'assaut du dehors, des regards. Un jour ou deux peut-être à sentir la fraîcheur de l'air qui frôle la tête, et ramasser quelques remarques benoîtes. Oh, t'as coupé tes ch'veux.
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