Je regarde mes mains qui massent et je vois les mains de mon père.
J'essaie de retrouver cette bienveillance pure, de me déparasiter de tout ce que j'ai appris et qui entrave le toucher instinctif.
Mon père, tu es mon maître, car tu n'es pas masseur.
Je regarde mes mains qui pèlent les légumes et je vois les mains de ma grande soeur.
Ces mains habiles et sûres qui font, qui savent, qui cuisinent comme mon père masse, ces mains qui cuisinent au talent de l'instinct, et j'essaie de me persuader que je n'ai rien à apprendre. Ces mains qui portent les traces de couteaux trop aiguisés, ces mains qui savent, elles aussi, masser sans savoir. Je cuisine avec tendresse depuis que j'ai vu ma soeur aux fourneaux.
Ma soeur, tu es mon maître, car tu n'es pas mon père.
Je regarde mes grandes mains et je vois les grandes mains de ma petite soeur.
Depuis que ma soeur est masseuse, je suis bien plus masseur. Ses mains qui cherchent à savoir parce qu'elles sentent, ce sont mes mains qui cherchent à sentir parce qu'elles savent.
Ma soeur, tu es mon maître, car je suis masseur.
Je regarde mes mains écrire et je pense à mes tantes, la paire de soeurs de mon père.
Ces soeurs qui peignent et écrivent, ce duo de choc à quatre mains, ces tantes qui inventent et qui aiment, qui m'inspirent et qui m'accompagnent.
Mes tantes, vous êtes mes soeurs, car vous n'êtes pas mes soeurs.
Je regarde mes mains de masseur. Et je garde mes soeurs dans ma main.
Tinou, peut-être qu'on écrit et qu'on peint, mais on mange beaucoup à l'heure, quand c'est l'heure, donc on est des masses heures. C'est malin. En tout cas tes twins'tatas sont enchantées et très fières d'être tes soeurs, surtout moi et surtout ma soeur !
RépondreSupprimerJe ne suis le maître de personne, ni la maîtresse d'ailleurs... Dieu, Allah, Bouddha et leurs acolytes m'en gardent!
RépondreSupprimerPère, ça m'aurait bien plus, mais que veux-tu...
Mais si toi, mon frère masseur, tu vois encore la tendresse à travers la brusquerie de mes gestes brouillons et dans les stigmates de mes mains cuisinières, c'est que tu m'aimes fort.
En amour, mon frère, tu es un maestro.